la maternité en 1971

LE SENTIMENT MATERNEL

L’amour maternel a déjà fait couler beaucoup d’encre, depuis les odes à la maternité des poètes de toujours jusqu’aux obser­vations infiniment plus objectives des psychologues de notre temps.

En fait, le sentiment maternel revêt des formes multiples, dépendantes de la psychologie de chaque femme, de sa propre expérience et de ses conditions de vie personnelle, conjugale, sociale, professionnelle.

Mais au sein de cette variété se retrouvent des constantes. C’est la mère qui produit la cellule très organisée qu’est l’oeuf humain. C’est elle qui porte le bébé et le forme de sa substance pendant neuf mois. C’est encore elle qui nourrit l’enfant de son lait, le soigne, le protège, l’entoure de sa sollicitude, de sa ten­dresse, pendant les années si importantes de la petite enfance, puis durant toute la jeunesse. Et il ne faut pas oublier l’impor­tante influence psychique de la future mère sur le bébé en ges­tation, influence encore mal connue, mais étudiée avec atten­tion par les psychologues d’aujourd’hui. Le rôle maternel lie donc étroitement l’enfant à sa mère et la mère à son enfant, permettant à la femme d’exprimer de manière privilégiée les dispositions naturelles inscrites au plus profond de sa féminité.

La femme est réceptive, intuitive, spontanément participante à ce qui atteint les autres et, pour aider ou soulager ceux qu’elle aime, elle est capable de tous les courages, voire de tous les héroïsmes.

On voit tout de suite combien la femme est admirablement préparée à sa destinée maternelle et on le comprend par le fait même que la maternité contribue à l’épanouissement de la féminité.

Si l’amour maternel est une réalité qu’on pourrait qualifier de biologique cela ne signifie pas que l’émotion maternelle soit éprouvée par toute femme de la même manière et au même moment. Que d’anxiétés ont été causées, chez de jeunes femmes ou même de jeunes mères, par des idées préconçues tout à fait arbitraires!

Bien sûr, le sentiment maternel préexiste souvent à la concep­tion et peut s’observer déjà chez la petite fille, trouvant d’ins­tinct des gestes de mère pour langer ou câliner sa poupée. Mais il est aussi possible qu’il apparaisse seulement au moment où la femme a une certitude de grossesse, ou bien le jour où la future maman sent le bébé bouger en elle. Certaines mères découvrent l’amour maternel par l’allaitement, d’autres com­mencent par être émues par les cris de leur nouveau-né, d’autres encore se sentent vraiment mères aux premiers malaises ou à la première maladie de l’enfant.

Ainsi la vie est-elle diverse, s’accommodant de tous les possibles et laissant, en fin de compte, aux humains, leurs prérogatives d’êtres libres.

MATERNITÉ, ACCOMPLISSEMENT DU COUPLE

Une relation heureuse entre la future mère et le bébé qu’elle porte est non seulement favorable à l’enfant, mais aussi au couple et peut même conditionner, dans une certaine mesure, le déroulement normal de la grossesse. C’est dire combien il est important, pour les époux, de se préparer à la naissance d’un enfant de la manière la plus consciente, pour en faire un événement souhaité. N’est-il pas éminemment humain que l’enfant soit le fruit de l’amour et non pas seulement la consé­quence surprise d’un acte biologique?

Mais pour que l’enfant apparaisse comme le couronnement de l’amour conjugal, il est nécessaire que celui-ci arrive à une suffisante maturité. Devenir un couple n’est pas aussi simple que cela pourrait paraître. Il s’agit d’harmoniser deux indivi­dualités souvent très différentes, venant de milieux peu ou non comparables, portant en elles les marques d’éducations dissem­blables. Aussi l’équilibre à deux ne se réalise-t-il pas en quel­ques jours, quelle que soit l’intensité de l’amour réciproque. Mais le jour vient où l’enfant représente une sorte d’exigence nouvelle de l’amour, un véritable besoin de concrétisation conju­gale, l’espérance d’une réalisation à deux tout à fait transcen­dante. Le couple se sent alors prêt à accueillir avec joie un bébé et il vit l’attente dans un climat de bonheur intense; la conception se réalise dans la plénitude; la participation des deux époux est active.

Il y a tension d’amour, tension commune qui unifie l’homme et la femme, leur permettant une meilleure accession à la condi­tion de u parents » et les engageant à faire fête au nouveau petit être qu’ils vont créer ensemble.

LES ÉCUEILS DE L’INSTINCT MATERNEL

Dans la mesure même où la conception et la grossesse concernent la femme profondément, la tentation est grande, une fois l’enfant mis au monde, de ne pas cesser de le considé­rer comme partie de la mère, séparée d’elle au moment de la naissance, mais restant dépendante par mille liens puissants et mystérieux éprouvés plus que connus.

Ou bien, au contraire, dans les cas où la grossesse n’a pas été désirée, l’enfant risque de concentrer sur lui les sentiments de culpabilité ou l’agressivité de la mère insatisfaite.

D’un côté, l’amour possessif, tyrannique, de l’autre un manque d’amour. Deux excès qui risquent de produire, au long des années, des résultats assez comparables, les réactions de l’enfant à la mère et de la mère à l’enfant se développant en chaîne sinon en cercle vicieux.

La mère abusive aime son enfant en fonction d’elle-même. Il est à elle et elle entend le garder. Un peu comme autrefois, petite fille, elle ne pouvait supporter que sa sœur ou ses amies jouent avec sa poupée.

La mère de ce type manque généralement de maturité affec­tive ou n’est pas satisfaite sur le plan conjugal. Elle enferme son enfant dans son amour, espérant ainsi, inconsciemment, s’assurer une tendresse réciproque absolue, une soumission sans difficultés, un partage affectif ressemblant étrangement aux échanges physiologiques entre le corps maternel et celui du foetus.

Les résultats de cet amour altéré sont connus : ou bien l’en­fant se plie à ces revendications tacites et ne parviendra jamais à évdluer vers l’autonomie, c’est-à-dire vers un état adulte, ou bien l’enfant se débattra comme il pourra contre l’emprise ma­ternelle, suscitant des états de tension insupportables, des problèmes caractériels compliqués, des échecs scolaires (et, plus tard, professionnels) répétés. Dans le cas des garçons, le mal est peut-être particulièrement grave, car en maintenant son fils sous sa dépendance, la mère lui interdit d’évoluer, de grandir, d’affir­mer sa propre virilité. Elle le garde soumis, passif, mou, alors qu’il devrait accéder progressivement à l’indépendance, à l’acti­vité, à la combativité propres à sa masculinité.

Et que dire lorsque l’amour excessif de la mère compense, en fait, des déceptions conjugales! Le garçon devient alors un substitut du mari, tout en supportant également les sentiments et les jugements agressifs de sa mère envers le monde masculin.

Au sein de cette ambivalence, comment un garçon pourrait-il se développer sans perturbations graves? Et comment pourrait-il, un jour, fonder à son tour un foyer équilibré?

Le manque d’amour est aussi grave, pour le développement de l’enfant, que le manque de nourriture. C’est surtout le cas au cours des trois premières années de la vie. Or, bien des per­sonnes croient de bonne foi que l’essentiel, pour un nourrisson, est de bien manger et d’être bien soigné. Pour le reste, s’il est calme et dort bien, on le croit heureux. On oublie que le contact affectueux avec la maman ou avec une personne, tou­jours la même, remplissant le rôle maternel, est indispensable au bébé. Les carences maternelles, surtout si elles sont pré­coces, et plus spécialement entre l’âge de trois mois et trois ans, peuvent provoquer des troubles allant du simple retard affectif ou intellectuel au dépérissement et à la déficience caractérisée.

Le bébé a besoin d’être pris tendrement dans les bras de sa mère; il a besoin d’être caressé, dorloté, embrassé, bercé; il lui faut entendre la voix douce de sa maman, voir ses yeux, son sourire, échanger avec elle cc merveilleux dialogue qu’on voit dans les communications mystérieuses poursuivies entre une mère aimante et son tout-petit.

Il ne faut pas hésiter à affirmer que de bonnes conditions affectives jointes à une hygiène pas très stricte sont préférables, pour l’enfant, à des conditions matérielles impeccables mais dans un climat affectif défectueux.

Les psychologues et les pédiatres ont donné le nom d’» hospi­talisme » aux carences observées chez des enfants bien soignés mais mal aimés. Le drame, c’est que ces carences ont des réper­cussions à long terme et que l’enfant peut en rester marqué toute sa vie.

Le défaut d’amour peut apparaître chez les mères célibataires qui restent rivées à leur anxiété et à un sentiment de culpabilité, mais ce n’est pas le cas de toutes les mères abandonnées; bon nombre d’entre elles parviennent à surmonter leurs difficultés, justement par amour pour l’enfant, et deviennent d’excellentes mamans.

Chez les femmes mariées, on rencontre plus qu’on ne croit des enfants que les psychologues qualifient d’» abandonniens ». Leurs mères ne les ont pas désirés, soit par anxiété devant une vie de responsabilité, soit par sacrifice de l’instinct maternel aux exigences d’une profession passionnante, ou encore, plus pro­saïquement, par une égoïste recherche de confort et de liberté. Ces enfants voient peu leur maman, toujours trop occupée, tou­jours pressée, et se croyant à l’abri de tout reproche si les repas sont servis à l’heure et si l’enfant est propre.

L’enfant insuffisamment aimé d’un amour manifesté peut faire des régressions assez spectaculaires, parlant tard, souriant rarement, indifférent à ses jouets et au monde qui l’entoure parce que non stimulé par le contact maternel. Plus tard, ce sera un adolescent renfermé, intérieurement révolté, présentant des difficultés d’insertion sociale en même temps qu’une véri­table avidité sentimentale jamais satisfaite parce qu’engendrant échec sur échec. Heureuses les futures mamans qui ont l’occa­sion de réfléchir dés avant la naissance de leur bébé aux écueils possibles de l’amour maternel et qui pourront d’autant mieux, le moment venu, donner à leur enfant le climat affectif équi­libré dont il a tant besoin.

LA GROSSESSE DEVIENT UNE CERTITUDE

Après quelques jours d’expectative, le pronostic semble se confirmer. Serait-ce cela?

La jeune femme hésite à s’abandonner à son nouveau bon­heur. Qui sait ? Demain peut-être les menstruations réapparaî­tront et les espoirs seront déçus ! Mais au fur et à mesure que passent les jours, la joie grandit. Et on voudrait tellement avoir une certitude qu’on consulte le médecin. Hélas! avant la sixième semaine de grossesse, il ne peut rien confirmer. Il faut attendre et cela semble long !

Pour les plus pressées, certains tests de laboratoire donnent une certitude à partir du dixième jour. On appelle cela le « test de la lapine » » » parce qu’il consiste en l’injection d’urine ou de sérum sanguin de la femme supposée enceinte à une lapine (ou éventuellement à une rate ou à une souris). Le taux élevé d’hor­mones hypophysaires contenues dans le sang et l’urine de la femme enceinte provoque, chez l’animal inoculé, une augmen­tation des ovaires et de l’utérus, ce qui permet de confirmer la présomption de grossesse.

Mais cette opération n’est pratiquée que dans des cas particuliers. En général, la jeune femme prend patience et reconnaît bientôt son état à quelques malaises typiques qui apparaissent avec plus ou moins de constance et plus ou moins d’acuité selon les femmes et même d’une grossesse à l’autre chez la même femme.

Les nausées du matin ou du soir sont les plus fréquemment observées. Chez certaines femmes elles aboutissent même à des vomissements et à l’intolérance de certains aliments. Mais il peut s’y ajouter des modifications secondaires telles que la diarrhée ou la constipation, de fréquentes envies d’uriner, une propension à dormir après les repas, le dégoût du tabac, etc.

Dans la mesure où la future maman ne développe pas une anxiété inutile, ces phénomènes sont sans gravité et tout à fait transitoires. En général, dès la fin du troisième mois de grossesse la physiologie maternelle s’est adaptée et les malaises dispa­raissent.

Pour incontrôlable qu’elle soit dans les tout premiers stades, la conception n’en déclenche pas moins, instantanément, des processus importants qu’il est bon de connaître. Comme nous l’apprend le grand biologiste Jean Rostand, « une minute ne s’est pas écoulée depuis le viol spermatique, que l’œuf se met à respirer d’une façon intense. Sa consommation d’oxygène décuple. Sa température s’élève. Trois heures après la féconda­tion, alors qu’il occupait la région supérieure de la trompe, l’oeuf devait opérer sa première division. Désormais cet oeuf va transformer les aliments banals qu’il absorbe en substance d’homme, ou, mieux encore, en substance d’individu humain. Il va fabriquer un protoplasme particulier, personnel, qui ne sera ni tout à fait celui de son père, ni tout à fait celui de sa mère, mais strictement le sien : un protoplasme qui n’aura nulle part son pareil et dont lui seul a le secret. » (L’Aventure Hu­maine).

Sur le plan psychique, l’acceptation joyeuse ou le refus plus ou moins conscient de la grossesse imprime déjà en l’enfant à venir des conditionnements mystérieux dont il portera les traces heureuses ou malheureuses. Il est donc primordial que l’attente de l’enfant se déroule dans la détente et la joie. Quel mal ne se donne-t-on pas lorsqu’il s’agit de recevoir, chez soi, des amis ! Le nouveau bébé en mérite bien autant, lui qui n’aura d’abord que sa maman et son papa pour son arrivée dans le monde des humains !

La préparation à la naissance s’étale sur 270 à 280 jours de gestation. Jour après jour, le fœtus se développe et il est pas­sionnant pour la mère de suivre les péripéties de son histoire intra-utérine. Cette attention maternelle est déjà une sorte de dialogue et ne dit-on pas que le bébé en gestation manifeste, lui aussi, des états désagréables ou joyeux, suivant que sa mère se trouve elle-même dans ces conditions ?

Les conseils du gynécologue, la lecture de livres spécialisés aident la future maman à mieux comprendre ce qui se passe en elle et, par conséquent, lui permettent de faire le maximum pour le bien de son futur enfant.

Avatar de mamie Chantal

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