Le mariage n’est pas seulement la consécration légale de l’union physique et sociale de deux êtres. Passer par la mairie, à plus forte raison par l’Église, entraîne de profonds changements. Aucun couple illégitime ne ressemblera jamais au couple formé par deux êtres légalement unis.
Si le mariage existe, c’est qu’il correspond à une nécessité. Il y a quelque chose de rassurant dans son universalité, comme si la société humaine ne pouvait vivre sans ces petites cellules d’amour que constituent les familles. Dès les civilisations préhistoriques, le mariage a été inventé, tout comme, à l’heure actuelle, il est adopté dans la majorité des pays du monde, même par les peuples les plus ouverts au progrès.
Si se marier en bonne et due forme apporte une sorte d’avantage au départ de la vie commune, les choses ne sont pas résolues pour autant. La célébration d’un mariage d’amour n’est pas une garantie de durée et de solidité de l’amour. Combien de jeunes croient au bonheur assuré parce qu’ils s’unissent dans la joie.
De là bien des échecs. L’amour se cultive chaque jour, avec attention. Comme Alain l’a écrit : « Le mariage, depuis le moment où il est conclu et scellé, est une chose à faire, non une chose faite. » Le temps peut parfaire cette profonde association des sens, de l’esprit et du cœur ou la défaire selon les vicissitudes de la vie commune. Malgré tous les efforts de raison ou de lucidité qu’on peut faire avant de se marier, il y a toujours, surtout chez la femme, une grande part de rêve et d’imagination qui intervient dans la décision capitale; dès que le mariage se concrétise, cette représentation idéale se confronte avec la réalité. C’est pourquoi il est fort important de ne pas gâcher cette période privilégiée pendant laquelle le rêve et la réalité se confondent encore et que l’on nomme « lune de miel ».
LES PREMIERS JOURS
L’amour est une forme privilégiée d’échanges et de communications. Pleinement vécu dans le mariage, il est une source continuelle d’enrichissement pour chacun des époux, dans la mesure où chacun se sent engagé dans la totalité de son être. Tout devient sujet à dialogue et, par là même, le moindre incident de la vie permet une plus profonde connaissance mutuelle, une plus grande intimité, un amour plus fécond. Mais l’amour est un tout : c’est la mise en commun de deux vies entières. L’échange sentimental ne saurait, par exemple, faire oublier l’importance de l’union physique. Ce n’est pas dévaloriser l’amour que de reconnaître la place essentielle et privilégiée du corps dans l’échange avec autrui.
La nuit de noces permet la première découverte de l’amour physique. Son importance est donc grande. Pour certains elle est définitive. Disons qu’elle n’est capitale qu’en cas de drame, par exemple, pour certaines jeunes femmes encore mal informées et qui découvrent avec stupeur un univers déconcertant.
Disons aussi qu’il faut s’y préparer avec tendresse. La jeune fille la plus avertie n’affronte pas sa première nuit de femme sans une sorte d’angoisse. Aucun homme amoureux ne se sent parfaitement à l’aise. Le malentendu se crée facilement. Rien ne ressemble plus à la brutalité que la brusquerie d’un jeune époux timide et maladroit. Et, de là, combien de fausses frigidités… Il est facile de prendre pour indifférence la retenue de la jeune fille, ou sa fatigue après l’épuisante journée du mariage.
Bienheureusement, la première nuit est souvent prolongée par le voyage de noces. Peu importe où se réfugient les jeunes époux. Ce ne sont pas les couples qui vont aux Bahamas dont l’amour résiste le mieux au temps. L’essentiel est un dépaysement, même court, un nouveau décor qui prépare à ce changement beaucoup plus important que sera la vie à deux.
Certains jeunes considèrent qu’il s’agit là d’une dépense excessive au moment où ils ont de faibles moyens. Incapables de s’offrir un déplacement à Venise, ils préfèrent renoncer au voyage, comme ces couples qui ne veulent pas avoir d’enfant avant de posséder une voiture. Peut-on considérer que tel est le chemin de la sagesse? Ce n’est pas sûr. Le gros argument est le suivant : on risque la déception au retour, quand on se retrouve dans une pièce étriquée et inconfortable. Valait-il mieux s’y retrouver plus tôt? Ce n’est pas évident. Quelques jours passés dans un cadre et des conditions exceptionnelles peuvent laisser de si bons souvenirs qu’ils enjolivent, pour toujours, les premières journées de vie commune.
VIVRE À DEUX
L’intuition qui mène à l’amour a ce pouvoir miraculeux de mettre en lumière les richesses de l’autre. Les défauts risquent d’apparaître dans la cohabitation. Vivre à deux, sans cesse, tous les jours, toutes les nuits, est une expérience à la fois merveilleuse et difficile que seul l’amour permet de réussir. Mais pour y parvenir, il s’agit de se mieux connaître. Pour l’homme, comme pour la femme, tout est nouveau. On parle beaucoup de la joie qu’éprouve une jeune fille à devenir maîtresse de maison. Mais l’homme est tout aussi satisfait de posséder un foyer. De plus, il découvre un nouveau plaisir, celui de rendre heureux, car l’homme n’est pas égoïste quand il aime. Il s’attache au contraire par ce qu’il donne, argent, confort tout autant que plaisir. C’est pourquoi il ne faut jamais ménager les compliments à un mari. Les mots gentils le flattent. Il agit par amour-propre peut-être. Mais quand l’amour-propre rend quelqu’un facile à vivre, n’y a-t-il pas là une faiblesse à entretenir?
A moins qu’elle n’ait aidé sa mère à élever six frères et soeurs, ou qu’elle ait tenu le ménage d’un père veuf et dépourvu de sens pratique, la jeune femme se trouve, soudain, à la tête de charges quotidiennes auxquelles il ne lui est pas toujours facile de faire face du jour au lendemain.
« Devenir femme, c’est rompre avec le passé sans recours mais ce passage-ci est plus dramatique qu’un autre. Il ne crée pas seulement un hiatus entre hier et demain; il arrache la jeune fille au monde imaginaire dans lequel se déroulait une importante part de son existence et la jette dans le réel ».
écrit Simone de Beauvoir,
La découverte du réel prend un air fastidieux avec les corvées ménagères. Mais la vraie réalité, c’est cet être humain en face de qui, désormais, il va falloir vivre. Il est souvent plus facile de s’entendre sur les grands sentiments que sur les menus détails qui semblent sans importance. Or, ce sont ces petites choses qui divisent le plus les ménages : la fenêtre ouverte ou fermée, les manies, charmantes quand on est de bonne humeur, insupportables quand on ne l’est pas. S’il ne faut pas trop compter changer le caractère de l’autre, on peut espérer modifier quelques-unes de ses habitudes. Il est possible de créer des habitudes à deux. Certaines, qui ne sont que de bons usages, sont impératives et doivent être prises dès le début : la pudeur, par exemple, la politesse, ou le respect mutuel. Leur rôle dans la vie d’un couple est si important que nous y reviendrons.
RIEN N’EST JAMAIS JOUÉ
Il faut réfléchir avant de se marier. Si l’on s’est marié sans réfléchir, il faut se dire : « J’ai joué, maintenant je vais gagner. » On a le temps de parfaire un amour dans le mariage car le mariage est une science et un art. Il est aussi un sacrement. Ceux mêmes qui ne croient en rien, ou qui ne croient qu’en l’homme, l’ont entouré d’un cérémonial pour en exalter la signification.
Le docteur Berge, président de la Société française de psychanalyse, n’hésite pas à écrire : « Il est difficile d’affirmer qu’il existe des caractères absolument inconciliables. Un couple est formé d’un homme et d’une femme et chacun a sa fonction propre dans une réalisation commune. Chacun se complétant peut aborder la vie avec plus de confiance. » Sa grande idée est que deux caractères ne se nuisent que si l’un empêche l’épanouissement de l’autre. Éviter cette erreur est élémentaire pour qui possède l’intelligence du cœur. La communauté ne doit pas se réduire à ce qui est commun au mari et à la femme. Elle doit s’enrichir de ce qui est personnel à chacun.
