« La beauté sans la grâce est un appât sans hameçon », a écrit Madelin. Aujourd’hui, on parle moins de grâce que de charme, mais le propos est le même. Pris au sens de formule magique, comme on l’entendait au Moyen Age, en particulier, le charme d’une femme peut exercer un véritable enchantement… et ce sont ses manières, son « savoir-vivre » qui en sont le secret.
PLAIRE AUX AUTRES ET À SOI-MÊME
L’attitude d’une femme trahit sa personnalité. La brusquerie dans les gestes est, en général, accompagnée d’une voix trop forte, d’éclats de rire sonores, d’une démarche lourde. Tandis que la femme qui sait modérer sa voix, tendre la main avec souplesse, rire avec naturel, aura justement ce charme dont nous parlons et qui est indispensable pour plaire.
Une chose demande à être acquise une fois pour toutes : la notion que le savoir-vivre n’a pas de lois différentes selon qu’il est appliqué à la maison ou au-dehors. Une femme bien élevée se conduit de la même manière avec les siens qu’avec les personnes qu’elle rencontre à l’extérieur. Il est au moins aussi important de dire « bonjour », « s’il vous plaît » et « merci à son mari qu’à M. Dupont ou M. Durand : la politesse n’est pas faite d’habitudes qu’on endosse en sortant comme on met son manteau. D’autre part, il ne faut jamais oublier que si l’instruction des enfants se fait à l’école, leur éducation prend racine à la maison et que l’exemple vaut mieux qu’un sermon.
Tous ces facteurs font de la femme, au sein de sa famille, la représentante de la dignité et de l’ordre, ce qui ne supprime ni spontanéité, ni gaieté, bien au contraire. Il s’agit d’une manière d’envisager la vie plutôt que d’une attitude à prendre sans naturel. Une fois qu’on a mis autant d’ordre dans ses pensées et ses gestes que dans ses placards, il y a bien moins de problèmes. Dans le cadre que la femme bâtit elle-même vient s’inscrire non seulement sa propre existence, mais celle de tous ceux qui l’entourent. Il lui faut donc savoir que le climat familial est fait du refus de se lancer dans des discussions ou des scènes devant des tiers et surtout devant les enfants, de la volonté de penser aux autres avant de songer à soi, de la joie de disposer un bouquet pour accueillir son mari, du calme et de la pondération en toutes circonstances.
LE CHARME VÉRITABLE
Plus on réfléchit et plus on trouve de points communs au charme et à la bonne éducation. En effet, la femme charmante sait toujours de quoi il faut parler; elle a pris soin de s’informer à l’avance des goûts et des intérêts de la personne avec laquelle elle va passer quelques heures de détente. De même, elle se tient suffisamment au courant des affaires de son mari pour non seulement l’écouter avec attention, mais aussi pour lui répondre ou lui poser des questions intelligentes.
Ainsi donc, le charme d’une femme ne réside pas seulement dans l’ordonnance de sa coiffure ou l’allure de sa robe, mais encore et surtout dans l’intérêt qu’elle montre à l’égard de ceux qui l’entourent, sans cesser d’être d’une réserve et d’une discrétion pleines de tact.
Les bavardages intempestifs, les ragots, l’absence de doigté, tout cela ne convient pas à la vraie femme dont les moindres actions devraient être inspirées par ses qualités profondes de générosité et de sensibilité.
Le savoir-vivre féminin revêt aujourd’hui une importance toute particulière du fait de la promotion de la femme; celle-ci ne passe plus tout son temps confinée dans les tâches ménagères, mais participe aux activités de l’industrie, du commerce, des sciences, des arts, en un mot, à toutes les manifestations de la vie.
Aux besognes inhérentes à ses devoirs de maîtresse de maison et de mère de famille qu’elle assumait hier, elle ajoute souvent aujourd’hui d’autres responsabilités, réservées autrefois au sexe dit fort. Dans cette nouvelle situation, elle est amenée à côtoyer des gens de toute origine, de toute éducation, de toute mentalité et peut, en outre, être appelée à commander à d’autres femmes et même à des hommes. C’est donc un code de vie absolument moderne qu’elle doit désormais observer. Cela lui est réellement difficile à notre époque, car son émancipation est récente et, dans beaucoup de cas, la promotion féminine n’a pas encore été acceptée par tous, en particulier par la gent masculine. Certes, beaucoup de barrières sont tombées, mais il n’en reste pas moins, par exemple, que la force physique des femmes est moindre que celle des hommes. Il est donc normal que ces derniers continuent d’être prévenants et pleins d’attentions envers leurs compagnes. notamment pour leur céder la place dans les transports publics, les débarrasser de paquets trop lourds, mais aussi, tout simplement, pour leur offrir des fleurs. Une femme peut avoir discuté toute la journée un devis d’architecte, un marché commercial très important ou avoir opéré un enfant… elle n’en reste pas moins femme, sensible à un bouquet de roses et à un geste de tendresse.
L’équilibre n’est pas facile à trouver, mais elle est assez fine pour oeuvrer dans le bon sens, tout en évitant les attitudes masculines. Bien sûr, la faiblesse et la fragilité n’ont pas leur place dans une salle de conseil, mais les hommes seront toujours sensibles à l’élégance, la sobriété, la coiffure de celle qui travaille à leur côté.
L’homme d’affaires apprécie la femme capable de mener des conversations importantes avec le même calme et la même lucidité que lui-même, mais il pourrait bien considérer exactement comme des collègues masculins celles qui adoptent des manières brusques, fument comme des cheminées, sentent le tabac, parlent argot, négligent leur coiffure et ne remarquent plus une jupe froissée.
QUELQUES DÉTAILS DE LA VIE QUOTIDIENNE
Savoir recevoir un cadeau
Lorsqu’une amie vient vous voir avec un cadeau, ouvrez immédiatement le paquet devant elle. Il est mal vu de le mettre de côté pour l’ouvrir plus tard, à moins qu’il y ait plusieurs personnes présentes qui, ne vous ayant rien offert, pourraient être gênées. Pour les fleurs, vous agirez de même. Si vous avez une domestique, demandez-lui de les mettre dans un vase; si vous n’avez personne pour vous aider, attendez un moment propice — une conversation animée — pour disparaître un instant et vous en occuper vous-même.
Si vous êtes alors nombreux, vous remercierez discrètement le donateur. Si vous êtes seule avec lui, pas de problème : vous lui demandez la permission d’aller mettre les fleurs dans un vase et vous apportez ce dernier dans la pièce où vous recevez. Pour remercier d’un cadeau, n’usez pas trop des superlatifs. Les exagérations produisent un effet contraire à celui escompté. Une petite phrase simple et gentille, un sourire, une appréciation particulière de l’objet choisi : « Je suis ravie, justement je rêvais d’un porte-billets en lézard… » feront plus plaisir à la personne qui a choisi pour vous ce présent qu’une série d’exclamations bruyantes. Elle se demanderait alors si votre enthousiasme est sincère ou si vous cachez votre déception par des superlatifs.
Savoir s’asseoir
Le comportement général d’une femme doit être simple et naturel. En évitant aussi bien la fausse timidité que l’aplomb qui touche à l’effronterie, vous serez toujours à votre aise.
Vous vous assiérez calmement bien au fond de votre fauteuil ou de votre chaise, pour vous appuyer légèrement au dossier. Ne vous posez jamais au bord, comme un oiseau effarouché. Évitez de croiser les jambes trop haut : le mieux, si vous pouvez le faire avec naturel, est de croiser les chevilles. Veillez à ne pas vous affaler, à ne jamais vous asseoir en écartant les jambes; tirez sur votre jupe avec discrétion afin que ce geste n’attire pas les regards. Il faut s’abstenir de soulever un pan de son manteau dans le but de ne pas le froisser, bien que beaucoup de femmes le fassent, surtout lorsqu’il s’agit d’un manteau de fourrure. Si vous portez une robe très étroite, préférez une chaise à un fauteuil profond d’où il vous sera difficile de vous extraire. Les tabourets bas, du genre coin de feu, sont également à éviter à moins d’avoir une jupe large, ou longue, ou encore de porter un pantalon.
Savoir demander un service
Le mieux est d’être franche et d’aller droit au but, sans brusquerie, bien sûr, mais aussi sans un excès de phrases préliminaires qui peuvent inquiéter votre interlocuteur : « Qu’est-ce qu’elle va bien me demander? « se dira-t-il. Ici encore, simplicité et naturel vous aideront dans une situation délicate. Une fois le problème posé, demandez si la chose est possible et si elle ne crée pas de difficultés. Exprimez votre gratitude en peu de mots, mais avec sincérité.
Souvenez-vous des paroles de Beaumarchais : « Celui-là n’a pas un bon cœur que la gratitude fatigue… » Si c’est vous qui rendez service, il est important que vous n’en fassiez pas plus qu’on ne vous en demande. Songez avec Balzac aux inconvénients qui peuvent découler de trop de bonne volonté. « Ne rendez pas de tels services, écrivai.-il, que vous forciez les gens à l’ingratitude, car ceux-là deviendraient pour vous d’irréconciliables ennemis. » Ici comme ailleurs, la mesure est donc de bon aloi : elle va de pair avec la discrétion, la finesse, la compréhension, le tact. Il faut infiniment de doigté dans tous les rapports humains et particulièrement dans le domaine de l’entraide.
Savoir s’adresser à un fournisseur
Vous ne négligerez jamais, au moment de donner un ordre à une personne à votre service, de tempérer votre propos d’une locution du genre de : « vous seriez aimable de… je vous prie de… s’il vous plaît… merci beaucoup ». A un fournisseur, vous pouvez ajouter, sur le ton de la conversation, une petite phrase aimable, donnant un détail supplémentaire sur l’objet que vous lui avez demandé ou, si nécessaire, sur les circonstances qui font que vous en ayez l’emploi. De toute façon, soyez claire et faites preuve d’un esprit de décision rapide. Dans un magasin, la politesse doit être réciproque. Si la cliente s’adresse à la vendeuse avec civilité, la vendeuse doit, de son côté, répondre avec le maximum d’amabilité. Les boutiques anglaises ont, à cet égard, une réputation que nous devrions essayer d’égaler. Le « Can I help you? » britannique, qui signifie « Puis-je vous aider? » est quand même plus sympathique et plus amène que notre trop fréquent : « Qu’est-ce que c’est?
Comment faire une réclamation
Il se peut que, dans un magasin, un bureau de poste ou un compartiment de chemin de fer, vous ayez à vous plaindre d’une malfaçon, d’une erreur ou d’une mauvaise volonté manifeste. Avant de vous mettre en colère — ce qui n’arrange jamais rien — assurez-vous que la personne à qui vous adressez votre réclamation est bien celle qui peut utilement intervenir. Exposez-lui calmement et clairement l’objet du litige et attendez sa réponse avant de la menacer de vous adresser à un directeur, député ou ministre. En criant, vous vous mettrez toujours dans votre tort :
« Les manières que l’on néglige comme de petites choses sont souvent ce qui fait que les hommes décident de vous en bien ou en mal » (La Bruyère)
Si vous avez à faire une réclamation par écrit, observez un ton modéré, soyez extrêmement explicite, n’omettez aucun détail concernant, date, heure, lieu, prix, etc. Expliquez nettement l’objet de votre mécontentement et exprimez l’espoir d’avoir une prompte réponse à votre demande. C’est en vous montrant d’une parfaite courtoisie que vous susciterez, chez votre interlocuteur, une réaction du même genre.
Les femmes au volant
Ce n’est pas parce que les hommes s’effacent devant vous au moment de passer une porte, que vous devez prendre l’initiative de passer devant eux en voiture. Les lois de la courtoisie cèdent le pas devant celles du Code de la route dès que vous êtes en voiture. Vous devez donc l’appliquer comme eux ; ne pas croire qu’un sourire peut calmer la juste colère d’un conducteur à qui vous avez coupé le chemin alors que c’était à lui de passer ; ne pas essayer de faire du charme au policier qui vous demande vos papiers lorsque vous avez brûlé un feu rouge. En vous installant au volant d’une automobile, vous acceptez de graves responsabilités. Sachez les assumer, songez que vous pouvez constituer un danger en regardant les vitrines au lieu d’observer la circulation, rappelez-vous que si l’on vous a enseigné de bien tenir votre droite, ce n’est pas pour vous infliger une brimade, mais bien pour assurer votre protection personnelle, ainsi que celle des autres automobilistes. Quant aux piétons, rappelez-vous vos propres réactions devant les voitures lorsque vous êtes à pied et ne perdez pas votre dignité en proférant des injures dont vous auriez honte en toute autre circonstance.
« L’éducation n’est certainement qu’une habitude »
Rousseau
Une habitude à observer à tout moment.
La femme au restaurant
S’il vous arrive de déjeuner seule au restaurant, agissez avec le maximum de simplicité; ne vous laissez pas influencer par le maître d’hôtel ou le garçon qui tentent parfois de donner une table moins bien placée à une femme seule, sous prétexte qu’elle a besoin de moins de place; choisissez le menu à votre gré ; ne craignez pas de ne commander qu’un plat, si tel est votre désir ; si vous n’avez pas l’habitude de boire en mangeant, dites-le au garçon de façon précise. Au moment de l’addition, si vous n’êtes pas sûre que le service soit inclus, demandez-le au garçon et ne « marchez » pas s’il vous assène cette réponse que nous avons entendue : « « « Le service, oui, le pourboire, non ! »
A notre époque, il arrive souvent aux femmes d’inviter des relations d’affaires au restaurant. S’il s’agit d’une autre femme, celle qui invite joue le rôle de la maîtresse de maison et prend la direction des opérations. Pour tout le déroulement du repas, elle agira comme le ferait un homme à sa place, avec la même autorité, le même tact. Si la personne invitée est un homme, elle agira certes en maîtresse de maison, mais elle lui demandera de verser le vin ou d’appeler le garçon qui s’acquittera de cette tâche. Au moment délicat de l’addition, elle se lèvera sous le prétexte d’aller se recoiffer et profitera de l’occasion pour régler la note au passage, avec le maximum de discrétion. A moins, ce qui est préférable, qu’elle se soit entendue au préalable avec le maître d’hôtel, soit sur le dépôt d’une somme à compléter le lendemain, si nécessaire, soit sur l’envoi à son bureau, d’une facture qu’elle réglera ensuite par chèque. A moins encore qu’elle possède une carte de crédit agréée par l’établissement : auquel cas, il lui suffit de présenter sa carte et de signer une facture.
Il arrive d’ailleurs souvent, aujourd’hui, qu’au restaurant on règle immédiatement par chèque.
La femme et le baisemain
La mode du baise-main est revenue à l’honneur depuis quelques années et c’est là un geste de courtoisie masculine qu’il faut accepter en toute simplicité, sans y attacher plus d’importance qu’il n’en a, mais tout en s’y prêtant avec grâce. Si un homme s’incline sur votre main, offrez-la-lui avec le plus de naturel possible. Certains hommes ont l’habitude d’effleurer de leurs lèvres les doigts tendus; d’autres se bornent à esquisser le geste, ce qui est plus élégant. Ne résistez jamais à ce mouvement, ne vous raidissez pas, retirez votre main avec la même aisance que si vous veniez de serrer la sienne. Il ne faut jamais lever exagérément le bras, comme pour solliciter un baise-main : le geste est vulgaire et maladroit, surtout si l’homme s’incline au même moment.
