LES JEUNES FILLES
Si la libération de la femme, en général, a donné une grande liberté aux jeunes filles, si beaucoup d’écoles sont mixtes, s’il y a autant de filles que de garçons dans les facultés, si beaucoup d’entre elles travaillent au-dehors, celles-ci ne sont pas, pour autant, dégagées de certaines lois de la vie familiale et de la vie sociale.
LES SORTIES
Établissez d’avance, avec votre mère, le nombre limite de soirées qu’elle vous permet de passer, chaque semaine, au-dehors. Vous n’avez pas l’autorisation de sortir tous les soirs ? Ne prenez pas cela comme une brimade : le sommeil, pour les jeunes, est essentiel à leur équilibre, leur santé, leur formation et leur beauté. Ce n’est pas parce que vous êtes jeune que vous pouvez travailler le jour et danser toute la nuit. Personne ne le peut.
« N’attendons pas que la santé ait fui à tire-d’aile, pour nous armer de la prudence qui nous aurait permis de la conserver. »
Jean-Baptiste Fonssagrives, médecin de marine français du XIXe
Lorsque vos parents vous précisent l’heure à laquelle vous devez rentrer, respectez cet horaire, prouvez leur qu’ils peuvent avoir confiance en vous. En cas de retard dû à une circonstance indépendante de votre volonté, prenez la peine de téléphoner pour prévenir. Songez que votre famille peut se faire du souci à votre sujet : c’est se montrer à la fois courtoise et affectueuse envers elle que de lui épargner ce genre de préoccupation.
LES AMIS, LES CAMARADES
Quant aux amis avec lesquels vous allez « discuter », danser, nager ou jouer au bowling, présentez-les à vos parents. Vous ne perdrez pas la face pour autant devant ces jeunes gens : bien au contraire. D’ailleurs méfiez-vous s’ils vous proposent de sortir avec eux sans le dire à vos parents.
« Rien ne trouble si fort le repos que les amis, si nous n’avons pas assez de discernement pour les choisir ».
Saint-Evremond
On vous a sans doute répété, tout au long de votre enfance : « Ne réponds pas au monsieur qui te parle dans la rue. » Ce n’est pas parce que le monde est peuplé de gens mal intentionnés, mais parce qu’on ne peut pas savoir, à première vue, à qui l’on a affaire. Pour vos camarades, il en est de même : on ne se lie pas instantanément avec un garçon rencontré dans le métro… on donne sa préférence aux amis d’amis.
Il est bon d’avoir des camarades, de vrais « copains » dont on partage les intérêts, les problèmes, les études, les goûts Pour le sport, la danse, la musique, les livres. Il est amusant de sortir en petite bande, d’organiser des soirées restreintes où l’on peut « discuter » et danser, sans pour autant qu’il s’agisse, chaque fois, de surprises-parties trop animées où l’on ne connaît pas la moitié des invités.
Les vrais amis sont ceux qui ne vous entraînent pas à boire, a faire du bruit, à casser des verres : ce sont ceux qui ont quelque chose à dire, parce qu’ils réfléchissent à leur travail, aux événements politiques ou autres, à l’art sous la forme qui correspond à leur tempérament, au sport, à l’avenir : en un mot qui sont pour vous « enrichissants ». Les faux amis sont ceux qui cherchent à « épater » les filles, qui conduisent trop vite, qui manient l’injure comme le coup de poing, qui pensent que toutes les jeunes filles sont du gibier dont ils peuvent profiter.
VOTRE ATTITUDE A L’ÉGARD DES GARÇONS
Ne vous plaignez pas : les filles sont beaucoup plus libres qu’autrefois. Hier, on ne vous aurait pas permis de rester seule dans une pièce avec un jeune homme; aujourd’hui, on trouve naturel que vous tutoyiez vos copains, qu’ils viennent vous chercher en mobylette pour aller faire un tour, que vous partiez en bande, garçons et filles, aux sports d’hiver. C’est votre attitude à vous qui donnera le ton à vos rencontres avec le garçon auquel vous avez plu. N’oubliez pas qu’on peut perdre son contrôle et que le flirt est un jeu dangereux qui peut mener très loin. La réserve est votre meilleure arme, même si vous trouvez le garçon follement séduisant et qu’il vous fasse les plus belles promesses. Votre attitude ne doit pas être équivoque : une fille n’acquiert que trop vite la réputation d’être « faciles ».
LES CADEAUX
Si un garçon vous offre un disque, un livre, des cigarettes ou des fleurs, parfait ! Mais s’il ne s’agit plus de petits cadeaux, attention ! Si vous acceptez un présent coûteux, il pensera peut-être que vous vous engagez envers lui, pas forcément pour la vie, mais pour des jeux auxquels il vaudrait mieux que vous ne songiez pas, car ils peuvent gâcher tout votre avenir. Ce qui commence par un baiser au cinéma finit quelquefois par une jeune mère sans mari et un enfant sans père. Il n’y a que vous qui puissiez véritablement veiller sur vous-même.
L’ART DE VIVRE CHEZ SOI
La maison de vos parents n’est pas un hôtel. Et s’il est naturel que vous ne participiez pas totalement à la bonne marche du ménage, en raison de vos études ou d’un travail régulier au-dehors, il est normal aussi que vous assumiez la responsabilité de certaines tâches rapidement achevées.
« Il n’y a rien de déshonorant dans un emploi qui contribue, sous quelque rapport, au bien-être de ses semblables »
Blackie, écrivain anglais
Le respect affectueux que l’on doit aux personnes plus âgées que soi et tout particulièrement aux membres de sa famille, veut que l’on soit toujours prêt à participer à la vie de la famille, sous toutes ses formes, à abandonner la lecture d’un livre même passionnant si votre mère vous demande d’arroser les plantes, d’aller faire une commission. Vous pouvez vous charger de rapporter le pain, de mettre le couvert, de cirer au moins vos propres chaussures. Le jeudi ou le dimanche, vous devriez être responsable du dessert ou de la salade — il faut déjà commencer à savoir faire un peu de cuisine — et, en tout cas, trouver une heure par semaine pour recoudre vos boutons, vos ourlets, donner un coup de fer à vos jupes. S’il n’y a pas de domestique à la maison, rappelez-vous que votre mère n’en est pas une non plus. Et que vous n’êtes pas l’enfant roi. Avant de partir pour le lycée, la faculté ou votre travail, vous devez faire votre lit. Si vous n’avez pas le temps d’essuyer la poussière, ramassez au moins tout ce qui traîne, rangez vos papiers, mettez votre linge sale à la corbeille, glissez vos disques dans leurs enveloppes, remettez vos livres sur les étagères. Il est impossible de quitter la maison en laissant sa chambre comme s’il y avait eu un tremblement de terre. Ce serait faire preuve d’un manque total d’égards à l’encontre de votre mère qui a la lourde charge de la maison entière.
LE TÉLÉPHONE
Le téléphone est une invention merveilleuse à condition de savoir s’en servir. Il est destiné, en principe, aux « communications », c’est-à-dire à la transmission d’une information, assortie au besoin de quelques commentaires, mais non pas, à chaque conversation, du récit complet de sa vie. Par ailleurs, songez que le téléphone n’a pas été installé pour votre usage personnel et que d’autres personnes ont besoin de s’en servir. Ne le mobilisez pas pour faire vos devoirs avec une amie ou raconter, avec force détails, votre soirée de la veille. Vos parents attendent peut-être un appel. Et nous ne sommes pas en Amérique où les enfants demandent, comme cadeau d’anniversaire, une ligne de téléphone privée! Ne vous servez jamais de cet instrument pour faire des plaisanteries. Lorsque vous téléphonez, dites tout de suite votre nom, soyez brève, n’appelez pas avant 8 h 30 du matin, ni après 21 heures; évitez autant que possible l’heure des repas; assurez-vous, avant de vous lancer dans un long discours, que vous ne dérangez pas votre correspondant dont vous ignorez les occupations au moment de votre appel.
VOUS N’ÊTES PAS SEULE AU MONDE
Votre attitude, dans vos rapports avec vos proches, parents, relations et amis, doit être, à chaque moment, dictée par le souci de vous intégrer à l’atmosphère générale. Vous ne devez pas attirer l’attention sur vous par un maintien désordonné, une allure de « je-m’en-fichisme », des façons d’enfant mal élevé. Si vous recevez des amies et amis pour une soirée dansante, vous vous excuserez à l’avance auprès de vos voisins immédiats pour le bruit qui risquerait de les déranger. Lorsque vos invités partiront, ne restez pas à bavarder et à rire avec eux sur le palier ou le pas de la porte.
« Il me semble que l’esprit de politesse est une certaine attention à faire que, par nos paroles et par nos manières, les autres soient contents de nous et d’eux-mêmes. »
La Bruyère
LA FAÇON DE MARCHER
Sous le prétexte que vous portez souvent des chaussures à talons plats ou des pantalons, ne prenez pas l’habitude de marcher à grands pas, de fermer les portes du bout du pied, de monter les escaliers quatre à quatre. Vous êtes à l’âge où vous devez vous tenir droite, marcher souplement, vous. déplacer toujours avec calme et aisance.
LA FAÇON DE S’ASSEOIR
Un fauteuil n’est pas un lit : ne vous y affalez pas comme si vous étiez éternellement épuisée. C’est mauvais pour la colonne vertébrale, très disgracieux et mal élevé. Prenez l’habitude de vous asseoir bien à fond sur les sièges, n’écartez pas les genoux, ne croisez pas les jambes trop haut, tirez discrètement sur votre jupe, calez-vous contre le dossier de votre chaise pour éviter d’avoir le dos rond.
RENCONTRES
Si vous rencontrez une personne de connaissance plus âgée que vous, dans la rue, approchez-vous gentiment si cette personne vous fait un sourire ou un signe. Dites bonjour simplement, ne vous tortillez pas. Vous ne prolongerez la conversation que si l’on vous pose des questions. Prenez congé sans brusquerie, avec une phrase gentille. Ne vous dégantez pas : même une jeune fille ne se dégante pas pour tendre la main. Dans un salon, saluez avec simplicité les personnes que vous connaissez. Demeurez calme, même si vous retrouvez des amis de votre âge. Attendez que l’on vous présente aux personnes que vous ne connaissez pas. Ne tendez pas la main la première et que votre poignée de main ne soit ni trop molle ni trop virile.
ARGOT ET TUTOIEMENT
Entre camarades, on se tutoie désormais facilement. Cette mode nous vient peut-être d’Amérique où, si le tutoiement n’existe pas, on s’appelle, en revanche, tout de suite par son prénom. Quant à l’argot, il est presque toujours laid et déplacé dans la bouche d’une jeune fille. On peut être très à la page, très » dans le coup », en se contentant de locutions familières et en excluant le véritable argot qui fait le plus souvent commun et même franchement vulgaire. Personne ne vous demande de parler le français pur et châtié de la Touraine d’autrefois. Mais, simplement, de parler en bon français, avec un vocabulaire suffisant pour éliminer les excédents de… machins, trucs et autres.
VOS LECTURES
La culture générale est un sujet que vous trouverez abondamment traité. Nous n’en parlerons donc ici que dans la mesure où vous devez vous rappeler qu’il y a autre chose à lire d’intéressant, voire d’amusant, que des magazines de mode. Personne ne vous empêche d’être fidèle à votre journal favori : bien au contraire, car, en dehors de la partie mode, vous y trouvez des reportages spécialement écrits pour les femmes, des nouvelles, des conseils de vie quotidienne, des informations de toutes sortes touchant à tous les sujets. Mais cette lecture ne doit pas vous suffire : . Aimer lire, disait Montesquieu, c’est faire un échange des heures d’ennui que l’on doit avoir en sa vie contre des heures délicieuses.. Ainsi, un bon livre, en moyenne, par mois, doit pouvoir se caser dans votre programme d’études et de distractions. Et il y a bien des jeunes qui en lisent un par semaine.
VOUS N’ÊTES PAS UNE IDOLE
Quelle que soit votre idole favorite, résistez à la tentation de vous calquer sur elle. En grandissant, vous avez souvent revendiqué le droit de faire vous-même vos propres expériences. Sur certains points vous avez raison, car c’est ainsi que se formeront votre jugement et votre caractère. Mais en ce qui concerne les jeunes vedettes qui vous fascinent, ce n’est pas en vous habillant comme elles, en imitant leurs coiffures ou leurs excentricités, que vous ferez preuve de maturité. Bien au contraire, puisqu’en refusant l’exemple de vos parents, sous prétexte que vous êtes une grande fille vous acceptez celui, peut-être plus amusant à première vue, d’une étrangère dont vous ignorez tout. Les journaux de cinéma, la télévision, la radio, vous en donnent une image publicitaire. Cela ne signifie pas qu’elle corresponde à la réalité et que ce halo de notoriété qui l’entoure, signifie pour elle le bonheur. Vous ne serez pas vieux jeu, mais simplement intelligente et lucide, si vous ne vous joignez pas à ces bandes de jeunes qui font collection de menus objets ayant appartenu à leurs idoles : boutons, mouchoirs, morceaux de tissu, disques dédicacés, etc. et en refusant d’aller hurler avec eux dans les music-halls. Vous avez besoin d’admirer quelqu’un? Vous avez besoin d’un idéal dans la vie? Très bien, mais pourquoi ne pas le chercher parmi les gens qui le méritent… il y a des sportifs, des écrivains, des peintres, des musiciens, des savants… ce ne sont pas tous des . vieilles barbes ., vous savez. Les idoles sont peut-être des jeunes remplis de bonnes intentions et il est naturel que leurs performances vous intéressent. Mais, comme idéal, il y a autre chose à trouver.
SACHEZ VOUS HABILLER
La mode jeune est, le plus souvent, drôle. Mais il est important de ne pas adopter n’importe quel style, sous prétexte qu’il est dans le vent et que d’autres le portent. Pour être bien habillée, il faut bien se connaître. Il est évident que les jupes courtes ne vont qu’aux jambes minces; qu’un ceinturon n’est pas seyant aux tailles peu fines; qu’il vaut mieux porter des rayures en longueur qu’en largeur quand on a intérêt à allonger sa ligne. Certes, quand on a la fraîcheur dc la jeunesse, on peut se permettre quelques originalités. Mais l’habillement ne doit jamais tourner au déguisement. Quant aux coiffures. le principe en est le même : suivre la mode, oui, bien sOr, mais pas dans cc qu’elle a d’outré et dc ridicule. Votre but n’est pas de faire retourner les gens sur votre passage.
Au lycée, à la faculté, il y a peu de chance que l’on admette les fantaisies de la mode. Le tandem jupe pull-over semble la solution idéale : elle permet des changements innombrables… shetlands, ras du cou, cols roulés, pulls-chaussette ou twin-sets en toutes fibres, avec des jeux de couleurs à l’infini. Un bon manteau style poil de chameau ou tweed anglais, un imperméable qui suivra la mode… ciré, popeline, gabardine anglaise, toile de bâche, pour le mauvais temps; de petites robes droites, de coupe simple et de couleur gaie, pour l’été.
LES ACCESSOIRES
Renoncez une fois pour toutes aux accessoires voyants : boucles d’oreilles en forme d’anneaux, bracelets tintinnabulants, fantaisies de toutes sortes en plastique qui conviennent plus à la plage qu’à une atmosphère studieuse. Si vous aimez les bas fantaisie, adoptez les coordonnées qui sont de bon ton. Quant aux chaussures, utilisez dc petits talons stables pour pouvoir marcher à votre aise. L’important, c’est qu’elles soient toujours bien cirées, jamais éculées et de teinte en harmonie avec votre ensemble.
NETTE DE LA TÊTE AUX PIEDS
Le secret de votre élégance, en cette période d’études, vous le trouverez dans une propreté impeccable. Lavez tous les soirs bas, sous-vêtements. cols blancs. chemisiers. Grâce aux fibres synthétiques, le problème du repassage peut etre totalement évité.
SORTIES AVEC LES AMIS
Pour aller danser, vous aurez envie d’une de ces petites robes très à la mode qui sortent chaque saison. Mais songez, avant de vous lancer dans de folles dépenses, que si cette robe est trop marquante, vous ne la porterez pas souvent. Or votre budget n’est pas illimité. Mieux vaut donc donner la préférence à une robe un peu plus classique, mais tout aussi charmante, qui peut être habillée et transformée, à volonté, par un bijou fantaisie, une fleur, une ceinture, un fichu de mousseline.
Pour le bowling, les promenades à la campagne, et pour conduire la voiture, le pantalon est pratique, puisque vous pouvez toujours le compléter par un de ces nombreux pull-overs dont toutes les jeunes filles, aujourd’hui, font de véritables collections ou, encore, par un chemisier.
BEAUTÉ
Pour votre maquillage, n’abusez pas des faux cils, de l’eye-liner, des lèvres blanches, des cheveux à la noyée qui demandent deux shampooings par semaine, ou de la tête presque rasée qui exige à peu près autant de coupes. Ne vous vieillissez pas en abusant des fards ; à votre âge, ils sont superflus. Le temps sera vite là où vous aurez besoin de ces secrets du maquillage… pour vous rajeunir ! En résumé, dites-vous que la mode propose… et souvent n’importe quoi, pourvu que ce soit nouveau et que cela se vende. C’est à vous qu’incombe le choix d’après lequel vous serez jugée. Pour frapper l’imagination, pour attirer l’attention, ce sont les excentricités qui sont mises en avant. Mais les chiffres de vente des grands magasins le prouvent : c’est le classique qui se vend le plus.
